Christina Kitsos: Entre identité féminine et héritage grec à Genève

Lisez l’interview originale en français de Christina Kitsos, femme socialiste, elue depuis 2020 au sein de l’Exécutif de la Ville de Genève, maire de Genève 2024 , d origine grecque, accordée à Zeta Tzioti.

Entretien avec Georgette Tzioti

Le parcours de Christina Kitsos ne constitue pas simplement une trajectoire politique réussie à Genève ; il incarne aussi une version contemporaine du pont historique qui relie la Grèce à la Suisse. Élue depuis 2020 au sein de l’Exécutif de la Ville de Genève, composé de cinq membres, et en charge de la cohésion sociale et de la solidarité, elle agit au cœur des politiques publiques, là où les inégalités, les questions de genre et la protection des plus vulnérables ne relèvent pas de l’abstraction, mais d’une gestion quotidienne et concrète.

En tant que femme occupant une position de pouvoir dans un univers exigeant et encore marqué par des déséquilibres persistants, elle a été confrontée aux stéréotypes qui accompagnent la présence féminine dans la sphère publique. La nécessité de prouver sans cesse sa légitimité, les commentaires sur l’apparence, les questions relatives à la vie privée rarement posées à ses homologues masculins composent un paysage familier à bien des femmes engagées en politique. Sa réponse n’a jamais été défensive ; elle a au contraire choisi d’investir le champ institutionnel avec rigueur et de revendiquer sa place sur le terrain des compétences et du fond.

Christina Kitsos n’a pas bâti son profil sur la confrontation. Elle a privilégié le travail institutionnel, la solidité administrative et une vision politique plaçant la justice sociale au centre. Elle évoque la confiance en soi comme un véritable outil politique, l’émancipation collective comme condition de l’égalité et la nécessité de briser ces frontières invisibles qui continuent de restreindre les femmes.

Son identité porte également un second fil, tout aussi puissant : ses origines grecques. Ayant grandi entre deux langues et deux univers culturels, elle appartient à cette génération de la diaspora grecque pour laquelle l’héritage n’est pas un simple ornement, mais une composante vivante de l’engagement public. Genève, d’ailleurs, n’est pas une ville neutre dans l’histoire grecque. Elle fut un lieu d’action majeur pour Ioánnis Kapodístrias, qui contribua de manière décisive à la reconnaissance de la neutralité suisse avant de retourner gouverner la jeune Grèce indépendante — de Corfou, sa terre natale, à Nauplie et Égine, villes emblématiques des premières heures de l’État grec.

Christina Kitsos incarne ainsi un modèle de leadership contemporain où l’expérience féminine, la mémoire culturelle et la responsabilité publique ne s’opposent pas, mais se complètent. Et c’est peut-être là son message le plus essentiel à une époque en quête de nouveaux équilibres : l’identité peut devenir une force, et l’histoire, un levier de responsabilité pour le présent.

Investiture Christina Kitsos

La position des femmes en politique et votre expérience 

-Quelle a été la difficulté pour une femme comme vous de s’impliquer dans la politique d’un autre pays ? Quels défis avez-vous rencontrés au début de votre carrière politique ?

-Le fait d’être une femme et d’être socialiste aurait pu susciter davantage de difficultés que le fait d’être d’origine grecque ! Genève est une ville composée de plus de 190 nationalités aux parcours très divers. Sa richesse et son identité résident dans l’apport des différentes migrations depuis plus de cinq siècles. Quant à la Grèce, elle bénéficie en Suisse d’un fort capital sympathie par sa culture, son histoire, son sens de l’hospitalité, sa lumière si particulière.

-Quelles sont les plus grandes difficultés rencontrées par les femmes en politique et comment la situation pourrait-elle être améliorée au niveau international ?

-Les femmes en politique continuent de faire face à des obstacles. Les discriminations et stéréotypes demeurent présents. Nous sommes par exemple souvent ramenées à notre apparence physique ou à notre façon de nous habiller. Je me rappelle cette anecdote: une fois, au milieu d’un échange politique, on m’a parlé de mon «beau sourire» : c’est typiquement une façon de me cantonner dans un rôle et de tenter de me délégitimer, aux dépens de mes convictions et compétences.

Les résistances tiennent également aux représentations sociales du pouvoir. Il est plus difficile de suivre une femme qui occupe une position d’autorité qu’un homme, car cela bouscule les schémas traditionnels de la virilité. C’est comme lorsqu’une femme gagne plus d’argent que son conjoint.
La conciliation entre engagement politique, vie professionnelle et vie familiale constitue une autre difficulté majeure. Les politiques publiques, singulièrement en Suisse, restent insuffisantes pour accompagner les familles et les femmes, notamment après leur maternité, et l’inégale répartition des tâches domestiques continue de peser principalement sur elles, tout comme les inégalités salariales.

Les médias jouent un rôle également. Ils demandent rarement à un homme comment il arrive à concilier vie familiale et exercice du pouvoir, alors qu’on demande aux femmes de constamment se justifier.

Enfin, les violences sexistes et sexuelles persistent. Elles nous rappellent qu’il faut non seulement libérer la parole, mais aussi prendre des mesures pour prévenir et protéger réellement les filles et les femmes.

Investiture Christina Kitsos

-Quel est le pourcentage de femmes occupant des positions similaires à celles des hommes à Genève ou en Suisse ? Quelles initiatives observez-vous qui contribuent à l’égalité des sexes en politique ?

-En Ville de Genève, la situation est exceptionnelle car 4 femmes siègent à l’Exécutif, qui comprend 5 places. Au niveau national, les femmes occupent un peu plus d’un tiers des sièges au Parlement, ce qui reste en dessous de la parité, mais constitue un progrès significatif par rapport à la situation prévalant il y a quelques décennies dans notre pays.

Deux femmes politiques genevoises, Ruth Dreifuss et Micheline Calmy-Rey, ont d’ailleurs accédé aux plus hautes fonctions, à savoir la présidence de la Confédération.

Même si Genève se distingue comme bonne élève en matière de représentation des femmes en politique, les inégalités subsistent. Plusieurs initiatives en Suisse contribuent à faire évoluer la situation. Je citerais le mouvement de la Grève féministe.

Tous les 14 juin, en souvenir de la première grève des femmes qui a eu lieu dans notre pays en 1991, elle mobilise des milliers, voire des dizaines de milliers de personnes à travers le pays. Elle est devenue un moment fort de sensibilisation, de partage, mais
aussi, combat en faveur de l’égalité des sexes dans les faits.
Parallèlement, des réformes du cadre légal ont renforcé la protection des droits des femmes en Suisse, par exemple en matière de consentement et de prise en compte des victimes dans le système juridique.

Ville est à vous

L’autonomisation des femmes 

-Quelle est, selon vous, la stratégie la plus efficace pour l’autonomisation des femmes dans la société, en particulier dans les postes de pouvoir ?

-À mes yeux, pour dépasser les mécanismes de censure et d’autocensure des femmes, l’une des stratégies les plus efficaces repose sur le renforcement de la confiance en soi. Elle conditionne la capacité à prendre la parole, à se positionner comme légitime, à accepter des responsabilités et à se projeter dans des rôles de décision.

Cette confiance ne relève pas uniquement de la sphère individuelle. Elle se construit collectivement, à travers des environnements qui encouragent, reconnaissent et valorisent les compétences des filles et des femmes dès le plus jeune âge. La promotion des modèles féminins visibles, l’éducation, les réseaux de soutien jouent un rôle fondamental.

-Quelles actions ou politiques aimeriez-vous promouvoir pour renforcer les droits des femmes en Suisse mais aussi à l’international ?

-Je promeus les actions qui vont dans le sens des revendications légitimes exprimées par les femmes depuis des décennies, à savoir : un salaire égal à compétences égales, une protection sociale solide, un accès universel à la justice.

Une politique familiale digne de ce nom me semble également constituer un pilier fondamental. Je vais vous donner l’exemple du congé parental. Au niveau suisse, les femmes ont droit à 16 semaines de congé maternité et les hommes à deux semaines de congé paternité.

La mise en place d’un véritable congé parental, équitablement partagé entre les deux parents, permettrait de réduire les inégalités professionnelles liées à la maternité, de favoriser un meilleur partage des responsabilités familiales et, plus largement, d’améliorer
La qualité de vie des familles, y compris la dimension financière.

La lutte contre les inégalités salariales doit également être renforcée. Cela passe par des mécanismes de contrôle plus efficaces, par la transparence salariale et par des sanctions dissuasives lorsque des écarts injustifiés persistent. Dans le même temps, il est indispensable de revaloriser les métiers majoritairement féminins, notamment ceux du «care», essentiels au fonctionnement de nos sociétés, mais encore trop souvent précarisés et pas suffisamment reconnus.

La lutte contre les violences faites aux femmes constitue un autre enjeu majeur. Il est crucial de lutter contre l’impunité, de renforcer la prévention, d’améliorer l’accompagnement des victimes et de garantir une réponse judiciaire effective, tant au niveau national qu’international.

Enfin, l’éducation à l’égalité dès le plus jeune âge est un levier déterminant pour transformer durablement les mentalités. En déconstruisant les stéréotypes de genre, en valorisant le respect, l’égalité et la diversité des parcours, nous préparons les générations futures à des relations plus justes et apaisées.

Chappatte médaille reconnaissante @Magali Girardin

-Quelle est votre expérience personnelle en tant que femme dans une position de leadership ? Comment gérez-vous cela et quel conseil donneriez-vous aux jeunes femmes qui souhaitent suivre votre voie ?

-Se sentir soutenue, bien entourée et pouvoir s’appuyer sur des personnes de confiance est essentiel pour tenir sur la durée, prendre des décisions sereinement et ne pas s’isoler face aux responsabilités.

J’ai également appris l’importance de ne pas s’enfermer dans les rôles que la société assigne encore trop souvent aux femmes. Cela implique parfois de ne pas répondre à certaines questions, notamment lorsqu’elles relèvent de la sphère privée ou qu’elles n’auraient tout simplement pas été posées à un homme occupant la même fonction.

Pour ce faire, il me semble important de prendre du recul et de conscientiser les mécanismes à l’œuvre.
Préserver sa vie personnelle fait aussi partie de cet équilibre. Il est fondamental de ne pas exposer sa vie privée, notamment sur les réseaux sociaux, afin de poser des limites claires entre l’espace public et l’espace intime. Ces limites sont nécessaires pour se protéger et rester pleinement concentrée sur son engagement.

Enfin, le conseil que je donnerais aux jeunes femmes qui souhaitent s’engager est de ne pas se mettre elles-mêmes des barrières. Les injonctions sociales peuvent conduire à douter de sa légitimité ou à penser que l’on n’y arrivera pas. Il est essentiel de ne pas intérioriser ces freins, de croire en ses capacités et de s’autoriser à occuper pleinement sa place, sans renoncer à ce que l’on est.

label unicef @Magali Girardin

Relation avec la Grèce 

-Vous êtes fière de vos origines grecques. Comment votre identité grecque influence-t-elle votre parcours politique en Suisse ?

-J’ai été naturalisée Suissesse à l’âge de 6 ans. J’ai toujours cherché à trouver des liens, à effectuer des comparaisons entre ces deux identités, qu’il s’agisse de politique, de poésie ou de l’imaginaire des langues.

J’ai toujours baigné dans l’univers culturel grec, avec beaucoup de musique, avec des compositeurs comme Míkis Theodorákis, la présence de femmes d’exception comme Melina Mercouri, de poètes comme Yánnis Rítsos ou d’auteurs comme Níkos Kazantzákis. Cette identité grecque, cette affection que je porte à la Grèce, font partie de moi ; elles me nourrissent et je les transmets également.

-Quel est votre avis sur les relations entre la Grèce et la Suisse, et quels sont les principaux points qui, selon vous, pourraient être améliorés ?

-Les relations entre la Suisse et la Grèce sont anciennes, stables et globalement très positives. Elles s’inscrivent à la fois dans une histoire partagée, dans des échanges humains et culturels durables, et dans une coopération contemporaine politique, économique et académique. Genève a été un centre du philhellénisme au XIXème siècle.

Lorsque, en mars 1821, les Grecs se révoltèrent contre la domination de l’Empire ottoman, un comité philhellénique a vu le jour à Genève. Aujourd’hui encore, nous cultivons les liens entre nos deux pays, en témoigne par exemple l’association gréco-suisse Jean-Gabriel Eynard, qui entretient la mémoire philhellénique, favorise les échanges culturels entre Genève et la Grèce, et valorise la culture grecque antique et moderne dans notre Cité.

Le grec ancien continue à être enseigné à Genève, et ce depuis 1561. Depuis 1964, l’École suisse d’archéologie en Grèce étudie les vestiges de l’ancienne cité d’Erétrie, dans l’île d’Eubée. C’est la seule mission archéologique suisse permanente hors des frontières nationales.

Quant à la diaspora grecque en Suisse, elle est modeste, mais bien établie. Elle compte près de 15’000 personnes, essentiellement dans les grandes villes comme Genève. Il y a eu plusieurs vagues migratoires depuis les années 1950-1970 jusqu’à la crise de 2008-2015, essentiellement pour des raisons économiques.

J’entretiens avec les communautés grecques des relations étroites, tant sur le plan politique que personnel. Encore récemment, j’ai eu l’occasion d’échanger en visioconférence avec le maire de Corfou au sujet du général Guillaume Henri Dufour, qui réalisa la première cartographie et étude de l’île.

Ville en transition@Pierre Albouy

Compte tenu des liens historiques qui unissent Genève à Ioánnis Kapodístrias — en tant que lieu de son action politique — ainsi que Corfou, sa terre natale, comment percevez-vous l’idée d’un jumelage entre des « municipalités kapodistriennes » (Nauplie – Corfou – Genève) ?

-Ioannis Kapodístrias est une figure remarquable de l’histoire européenne. Il incarne les valeurs universelles de paix et de démocratie qui sont chères à Genève.

La période troublée que nous traversons doit nous encourager à questionner la démarche et la pensée de Kapodístrias. Son engagement incarne une volonté de dialogue entre les nations, un idéal de justice et de solidarité. Il nous appartient de nous en inspirer pour agir avec courage et conviction face aux défis historiques.

Kapodístrias a joué un rôle déterminant dans le destin de la Suisse. La Constitution de 1814 doit beaucoup à sa clairvoyance et à son sens aigu de l’intérêt général. Durant le Congrès de Vienne, il contribue à l’indépendance de la Suisse et à la reconnaissance internationale de sa neutralité. Des personnalités genevoises éminentes comme Anna et Jean-Gabriel Eynard, philhellènes de la première heure, et grands amis de Kapodístrias, ont fait entendre leur voix en faveur de la cause grecque et ont contribué à financer
son indépendance.

Aujourd’hui, les défis auxquels sont confrontées les collectivités locales, dans les domaines que vous citez, appellent des échanges d’expériences et des formes de collaboration transnationales. La Ville de Genève, en revanche, ne fait aucun jumelage en raison de sa position comme pôle du multilatéralisme.

Kitsos
Capodistrias Jde Rohan-chabot

Culture et Art 

-Quel rôle pensez-vous que la culture et l’art jouent dans la politique et la cohésion sociale ?

-Un rôle essentiel. Ils constituent un levier de transformation, car ils touchent à ce qui nous lie, au-delà des différences sociales, culturelles ou générationnelles. L’art offre la possibilité de questionner l’ordre établi, les stéréotypes, de développer un esprit critique. La culture crée des espaces de dialogue, de partage et de compréhension mutuelle, indispensables au
fonctionnement d’une société démocratique. Elle ouvre le champ des possibles, nourrit l’imaginaire et renforce le sentiment d’appartenance. Elle est facteur d’émancipation et de cohésion sociale, en allant puiser dans notre patrimoine la force de nous engager pour l’avenir.

Entrepreneuriat et Politique 

-Quel est votre avis sur la connexion entre l’entrepreneuriat et la politique, en particulier pour les femmes qui occupent des positions politiques tout en étant également impliquées dans le monde des affaires ?

-L’expérience du monde de l’entreprise peut apporter une compréhension concrète des réalités économiques, de l’innovation, de la création d’emplois et des attentes des milieux économiques. Cependant, cette double implication exige une vigilance accrue. La transparence, la clarté des rôles et le respect des règles éthiques sont indispensables pour préserver la confiance des citoyennes et des citoyens. L’intérêt général doit toujours primer sur les intérêts privés, et des mécanismes de prévention et de contrôle des conflits d’intérêts doivent être clairement établis et appliqués.

Kitsos
distrbution alimentaire 2020

Durabilité (Sustainability) 

-La durabilité est un sujet qui gagne du terrain à l’échelle mondiale. Quelle est votre approche personnelle et quels sont les domaines qui, selon vous, nécessitent une attention immédiate, tant au niveau local qu’au niveau international ?

-Il s’agit effectivement d’un enjeu central. Mais la durabilité ne saurait être abordée par une simple addition d’efforts individuels ou de mesures ponctuelles. En effet, transformer durablement nos sociétés nécessite de remettre en question les paradigmes actuels fondés sur la surexploitation des ressources, la recherche de la croissance à tout prix et l’augmentation des inégalités. Ce qui exige du politique courage, solidarité et sens des
responsabilités.

-Croyez-vous que la durabilité sociale et environnementale est directement liée à votre politique ? Quelles politiques soutenez-vous pour réduire l’empreinte carbone et renforcer l’équilibre écologique de la ville ?

-Tout à fait, les politiques environnementales doivent s’ancrer localement et sont indissociables, à mes yeux, des objectifs de justice sociale. Pour vous donner un exemple d’un secteur dont j’ai la charge, nous, en Ville de Genève, avons adopté une Charte de l’alimentation durable.

Sa mise en œuvre a permis de faire évoluer très positivement la composition des repas servis chaque jour à des milliers d’enfants dans les écoles primaires et les crèches de la ville : avec une augmentation des produits locaux, de la production biologique et une diminution de la viande. Et puis, nous soutenons ainsi davantage les agricultrices et agriculteurs locaux. Les bienfaits attendus ne sont pas seulement pour les enfants, mais aussi pour le tissu économique local et la planète.

-Quelle est votre opinion sur l’évolution des « technologies vertes » et comment pensez-vous que les innovations dans ce domaine peuvent impacter la société et la politique ?

-L’être humain est à la fois un être de verbe et d’artifice. Pour se nourrir, il a besoin de récits, du langage, d’écriture, d’art… Mais également de technologies innovantes. Les progrès technologiques demandent à être appréhendés avec nuance, réflexion et éthique. Car la technologie devrait être au service de l’humain et du vivant, et non au service des intérêts financiers de quelques conglomérats transnationaux.

Kitsos
droits des enfants@Magali Girardin

Vision pour l’avenir 

Quelle est votre plus grande vision pour l’avenir de Genève et de la Suisse, et comment comptez-vous l’accomplir ?

-Elle repose avant tout sur le renforcement de la cohésion sociale et du multilatéralisme. Dans un monde marqué par les inégalités, les tensions et les replis, préserver ce qui nous lie et garantir une société plus juste est, à mon sens, l’enjeu central des années à venir.

Genève et la Suisse sont profondément interdépendantes des régions et pays voisins. Les grands défis économiques, sociaux et environnementaux exigent une coopération renforcée, notamment en matière fiscale. Il est indispensable de sortir de la logique de concurrence, où la fiscalité est utilisée comme un outil d’attractivité au détriment de la solidarité.

Ces priorités sont étroitement liées aux profondes transformations technologiques, économiques et sociales que nous vivons. Je pense en particulier à l’automatisation, la robotisation et le développement de l’intelligence artificielle, qui modifient en profondeur nos façons de travailler.

Si ces technologies génèrent des gains de productivité considérables, elles doivent aussi contribuer à l’effort collectif. Taxer ces nouvelles formes de création de valeur permettrait de financer des politiques sociales ambitieuses et d’accompagner les transitions professionnelles.

J’appelle de mes vœux l’instauration d’une fiscalité harmonisée, notamment un taux minimal d’imposition pour les entreprises, en intégrant également la taxation des robots et de l’intelligence artificielle. À l’échelle internationale, cela permettrait de lutter contre l’exil fiscal, de rétablir une concurrence plus juste et de créer les conditions d’une redistribution plus équilibrée des richesses. À l’échelle locale, c’est l’assurance pour les pouvoirs publics d’être en mesure d’assumer les tâches indispensables au service de toute la population.

-Quelles sont les priorités que vous considérez comme les plus importantes pour la société de demain, et quel rôle pensez-vous que les femmes peuvent jouer dans ces changements ?

-Les femmes sont sous-représentées à la table des négociations lors des processus de paix. Or leur présence permettrait de mieux prendre en compte les besoins sociaux des populations, notamment la santé, le logement, l’éducation, mais aussi les besoins de justice et de réparation.

Kitsos
fete 1er Aout 2024 @Magali Girardin
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Zeta is active in translation, cultural journalism, and editorial direction within the arts and media landscape. With a strong presence in the cultural sector, she has also curated and organized visual art exhibitions and initiatives focused on social responsibility. Her work has been recognized with an honorary distinction from the Botsis Foundation 2022 for her contribution to cultural journalism. At Artviews.gr, she leads the editorial team, shaping the platform’s voice and curatorial direction with a keen eye for contemporary culture.

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